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Ubi sunt leones ?

Première intervention : Jean-Roch Siebauer démontrant que sur les murs des escaliers menant à l’entrée du château se trouvent des lions.
if chateau de cartes, oucarpo

A l’angle des vieilles mappemondes du quinzième siècle, on trouve un large espace vague sans forme et sans nom où sont écrits ces trois mots : Hic sunt leones. Ce coin sombre est aussi dans l’homme. Les passions rôdent et grondent quelque part en nous, et l’on peut dire aussi d’un côté obscur de notre âme : Il y a ici des lions.
Cet échafaudage de raisonnements fauves était-il absolument absurde ? Cela manquait-il d’un certain jugement ? Il faut bien le dire, non.

Victor Hugo, L’Homme qui rit, ch. 10
Hic sunt leones
Hic sunt leones

Le Prêtre Jean, ce n’est tout de même pas très difficile de le situer: il suffit de bien regarder et l’on finira toujours par repérer son trône dûment dessiné au sein de quelque Terra Incognita. Que cette dernière se montre éminemment mobile, d’Ethiopie à la Chine à des Amériques, importe peu, finalement, puisque c’est bien là son rôle de terra incognita (et que nous savons, nous, que c’est l’Ethiopie et qu’il y prépare le retour du Roi Sébastien (c’est Pierre Benoit qui nous l’a dit), ou que c’est la Chine ou que c’est quelque part dans des Eldorados… ou ailleurs, d’ailleurs). Le Prêtre Jean, c’est facile : il est Là-bas, toujours, et nous attend, nous autres Catholiques Romains, là-bas, au-delà des Sauvages et des Barbares et des Païens; il nous attend, tranquille, sur son trône, couronne sur la tête, là où on le voit, dans le réseau des lignes d’un portulan, par exemple… Pour le serpent de mer également, ce n’est pas bien compliqué: c’est là-haut, dans la mer bien sûr (comme son nom l’indique), la Mare Glaciale, et qui encore toujours attaque le bateau, non loin de la baleine à cornes, au large d’Helgala, terra nobilium, là-bas vers Thulé, là où l’a placé Olaf Stor (qui signa son Historia de gentibus septentrionalibus du nom d’Olaus Magnus, parce qu’il faut, lorsqu’on est un savant, un nom de savant et non pas un nom de guerrier de sauvages sagas). Facile à repérer, ça, puisqu’il y a des cartes et que les cartes ça sert à ça, à repérer tous les objets du monde : et les peuples, et les villes, et les phares, et les éléphants, les licornes, les tours, l’empereur, les entrées des Enfers, l’oiseau Roc, les phénix, les monts, les voies, les fleuves, les maelströms, le rhinocéros, l’hippopotame, les amazones, l’aï, les harpies, les sirènes, Gog, Magog, les palais, les grottes, les gouffres, les monastères, les lieux saints, la Vraie Croix, le Tombeau, les sciapodes, les lacs. Et tout le reste, que l’on sait être ici ou là, ici-bas ou là-bas, tout bien placé à sa place… Lire la suite Ubi sunt leones ?

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